Faudrait-il guérir de nos perversions avec la psychanalyse ?
- Gala Fur

- 12 févr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 févr.

J’ai consulté un psy durant 6 mois - dans les années 90, j’avais un complexe d’anormalité causé par mes pulsions - avant de comprendre que mes petites perversions entretenaient mon goût de vivre. Le SM était alors transgressif, mal vu hors des défilés de McQueen ou de Gaultier et rassemblait peu d’amateurs, habités en profondeur par des pulsions qui étaient souvent incompatibles avec leur vie sociale ou familiale. C’est toujours le cas chez bien des masochistes mal mariés, et chez certains devenus parents, qui ne peuvent plus vivre leurs fantasmes à cause de leurs obligations et de la promiscuité, sans parler de ceux qui culpabilisent.
Faudrait-il consulter, se soigner de nos petites perversions grâce à un psy dans le but de résoudre ces contradictions ?
Voici ce qu’en pensait l’écrivain étatsunien Norman Mailer : « Pour trop de patients, le résultat n’est qu’une « tranquillisation » de ses qualités et de ses vices les plus intéressants. Le patient est moins transformé qu’usé – moins mauvais, moins bon, moins brillant, moins déterminé, moins destructeur, moins créatif. Il devient ainsi capable de se conformer à l’insupportable et contradictoire société (…) à ce qu’il déteste puisqu’il ne détient plus la passion suffisante pour ressentir la détestation avec intensité… Sa nature même est d’essayer de vivre ses fantasmes infantiles, ce qui pourrait relever d’une forme de sagesse instinctive étant donné la morne alternative offerte par la psychanalyse (…). Il devient possible de remplacer une peur négative et creuse par une action qui va de l’avant, qui va vers l’extérieur. ».
Certes, ce texte concerne les psychopathes « qui trouvent leur plaisir dans un bon orgasme, peu importe ce qui le leur procure »… et Mailer de conclure : « devenir un hors-la-loi sexuel laisse au moins une chance de continuer la vie en bonne santé physique – tout du moins tant qu’on reste en vie. »
A l’époque de son livre Hipsters (1957) dont je cite des extraits, les homos les Noirs et les déviants étaient détestés par l’extérieur, aux Etats-Unis comme ailleurs. Pour ma part, j’ai « dominé » des déviants sans jamais leur conseiller de guérir de leurs pulsions puisque ces pratiques les remettaient droits dans leurs bottes et donnaient chair à leurs fantasmes.
Aujourd’hui, une normalisation est en cours pour toutes les pratiques sexuelles consenties entre adultes, tant qu’il n’y a pas blessures ou décès. Le BDSM est à la mode, égayant des vies sexuelles mornes, donnant le pouvoir à certain.es, et à d’autres la satisfaction d’avoir l’attention de partenaires qui s’occupent d’eux. L’Ecole des arts sadiens a ouvert ses locaux à deux pas du hub des Halles avec un comptoir à café, des cours et des munchs.

Parmi mes connaissances, des jeunes femmes ont annoncé à leur mère, à leur compagnon ou à leur compagne qu’elles embrassaient la carrière de dominatrice pour gagner leur vie. Le BDSM : une panoplie de soins que de nouveaux acteurs s’emploient à comparer au Wellness et au Tantra. Alors pourquoi s’en guérir, quand tant de personnes qui n’avaient pas vraiment la fibre au départ s’y adonnent ?
Galerie du mois : Sardax, grand maître visuel du fantasme.



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