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INTERVIEW DANS le monde

Le point de vue de Gala Fur sur le succès éditorial de Cinquante nuances de Grey, interview de Macha Sery, Le Monde des Livres, le 9 août 2012


Y a-t-il eu des exemples de succès de livres sadomaso dans l'histoire littéraire? 
On se souvient, bien sûr, du phénomène de La Vie sexuelle de Catherine M (Seuil, 2001), de Catherine Millet, récit de ses années de soumission totale aux hommes, son attitude de disponibilité Toujours dans le masochisme, le livre de Vanessa Dunes, Le Lien (éd Blanche), a très bien marche en 2007. II a été publié en poche et traduit dans une dizaine de pays. Tous ces livres fonctionnent sur l'identification des femmes à la personne soumise, par exemple à Catherine Millet qui fréquentait les clubs échangistes, des hommes à ceux qui dominent ou utilisent la femme comme objet sexuel. La qualité littéraire n'a rien a voir dans ces succès, Car Marie L qui a écrit sur le sujet un livre hurlant, déchirant n'a pas dû écouler plus de 10 000 exemplaires. Ce qui surprend, c'est que le titre du roman d'E L James ne révèle pas son contenu, alors qu'aux Etats Unis quantité d'auteures peuvent s'acheter une villa en Californie en vendant sur e-Books des livres dont l' intitulé comporte le mot « slave » (esclave. Dans ce domaine, qu'il s'agisse de pure fiction ou d'autobiographie, les best sellers sont toujours des histoires de soumission.


Les féministes américaines ont d'ailleurs critique « Fifty Shades of Grey». 
Un tel combat féministe est à double tranchant, car on peut considérer qu'une femme ou un homme peut trouver une libération dans la soumission, source de plaisir, ce qui suppose de s'abandonner. Je connais des femmes tres libérées qui considèrent cette pratique comme une soupape. Surtout avec les doubles journées Là, enfin, elles se laissent aller, elles lâchent prise. La domination à laquelle désormais j'appartiens c'est le contraire. Elle requiert un contrôle permanent. On est toujours sous tension, à la recherche d'un accord parfait, de transe, avec quelqu'un, ce qui est assez rare.

L'anonymat des liseuses qui protège de la curiosité, puisqu'on ne voit pas la couverture du livre, contribue-t-il à l'essor de cette littérature érotique ? 

Sans aucun doute Car ce genre de récit, même gnangnan, garde un aspect transgressif, le SM étant toujours un peu diabolisé. On ne pouvait avant se promener avec ce genre de livre dans le métro, ou le laisser traîner dans sa famille; ça promet un bel avenir. 

 

Masha Sery