• Gala Fur

Travailleuses détachées



Nicki Menaj © Satoshi Saïkusa

Je traverse le bois de Boulogne en voiture pour aller dîner dans un restaurant mythique, la Grande Cascade, le soir de mon anniversaire. Le long de l’avenue de Longchamp qui traverse le bois, j’assiste à la mise en place des Roumaines. Des groupes de macs papotent au carrefour tandis que leurs gagneuses se placent au bord de l’avenue, à 100 mètres les unes des autres. En minijupes, râblées et enrobées, ces prostituées, 25 ans en moyenne, n’ont aucun sex-appeal : c’est de la prostitution forcée. Après dîner, la nuit est tombée sur l’avenue. La plupart des filles sont en place, quelques voitures à l’arrêt. Ce doit être 20 euros la pipe. Les souteneurs veillent au grain depuis les sous-bois.




Près de la place Dauphine, c’est un soulagement d’apercevoir les travestis lookés, sexy ou à moitié nus, les « Brésiliennes », des indépendants que personne n’oblige à tapiner si ce n’est la précarité d’une identité sexuelle flottante, une aubaine d’antan pour les motards qui se faisaient sucer dans les sous-bois avant que le racolage passif soit dépénalisé en avril 2016. Ombre de la nuit, l’un d’eux se déhanche dans son collant résille couleur chair.

En 2003, Sarkozy, ministre de l’intérieur, avait chassé les filles au fond des bois en pénalisant le racolage passif d’une amende de 3750 euros. La proposition de donner une amende au client pris en flagrant délit est rejetée par les sénateurs de droite, de probables consommateurs de filles, tout comme Chirac et Sarkozy d’après les prostituées de Pigalle présentes à la manifestation de 2013. La contravention de 1500 euros infligée au client enfin adopté en 2016, avec l’abrogation du délit de racolage passif : les femmes comme les travestis qui exercent cette fonction revendiquent leur liberté de disposer de leur corps. Les Françaises racolent principalement leurs clients sur Internet.

Plus de 90% des prostituées de rue (et du bois) sont des étrangères, pays de l’Est en tête : « Il y a une énorme différence entre être forcée pour des raisons économiques et avoir un revolver sur la tempe, » commente Hélène Hazera. C’est la mafia qu’il faudrait pénaliser. L’absence de contrôle aux frontières de l’Europe rend la tâche difficile : à peine expulsés, les souteneurs reviendraient avec un nouvel arrivage.

LA GALERIE DU MOIS

SATOSHI SAIKUSA, exposition personnelle 'No-Zarashi' du 21 septembre au 11 novembre 2017, à la Galerie Da-End, 17 rue Guénégaud, Paris-6 et Galerie Just Jaeckin au 19 rue Guénégaud.

Chez Saïkusa, les thèmes de la mémoire, de la fragilité de l’existence et de la mort paraissent de façon récurrente. Indiquer une direction plutôt qu’expliquer les choses est d’usage au Japon. Puisant son inspiration dans la nouvelle ‘Dans le fourré’ du célèbre écrivain japonais Ryunosuke Akutagawa (1892-1927) Saïkusa détourne le medium photographique pour nous conter ses propres histoires.

Exposées par la galerie voisine de Da-End, chez Just Jaekin, les tirages de ses photos de célébrités ont été retravaillées, découpés, ficelés. Chanteuses, comédiennes, icônes de la mode apparaissent dès lors plus humaines.

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